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La Réunion restera-t-elle exclue de la marche de l’histoire des Nations ?


Politique
Mardi 24 Septembre 2013

Hier, lundi 23 septembre 2013, le Secrétaire général des Nations Unis, Monsieur Ban Ki-Moon, organise un “Forum de haut niveau” pour accélérer la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et contribuer aux délibérations de l'Assemblée générale des 24 et 25 septembre, consacrée aux OMD et au programme post-2015.


Le Forum présentera des exemples concrets pour “intensifier de nouvelles opportunités de réussite”. L'accent sera mis sur la méthodologie, pour savoir comment renforcer les partenariats entre les diverses initiatives du Secrétaire Général, telles que "Toutes les femmes, tous les enfants", "L'énergie durable pour tous", "L'éducation avant tout", "Défi Faim zéro", l'initiative "Renforcer la nutrition", et "L'appel à l'action sur l'assainissement".

Les chefs d'État et de gouvernement, le président de l'Assemblée générale, les dirigeants d'entreprises, des philanthropes et des dirigeants de la société civile, ainsi que des hauts dirigeants de l'ONU et de la Banque mondiale, présenteront leur vision pour atteindre ces objectifs.

Que des mots tout cela ? Non.

La Déclaration du Millénaire, signés en l’an 2000 par 189 États Membres de l’ONU (dont la France) énonçait huit Objectifs du Millénaire pour le Développement, le programme international d'action le plus ambitieux de l'histoire en matière de lutte contre la pauvreté :
Objectif 1 : réduire l'extrême pauvreté et la faim
Objectif 2 : assurer à tous l'éducation primaire
Objectif 3 : promouvoir l'égalité des genres et l'autonomisation des femmes
Objectif 4 : réduire la mortalité infantile
Objectif 5 : améliorer la santé maternelle
Objectif 6 : combattre le VIH/SIDA, le paludisme et les autres maladies
Objectif 7 : assurer un environnement humain durable
Objectif 8 : construire un partenariat mondial pour le développement

Il s’agissait alors du plus grand rassemblement de chefs d'État et de gouvernement de tous les temps : le Sommet du Millénaire ! Depuis, l’engagement des nations a porté ses fruits :
- Le taux d’extrême pauvreté dans le monde a diminué de moitié, depuis 1990 ;
- 90% des enfants des pays en voie de développement sont désormais scolarisés ;
- Le monde a atteint la parité filles et garçons dans l’enseignement primaire ;
- 14.000 enfants de moins meurent chaque jour ;
- La mortalité maternelle a chuté de 47% ;
- 8 millions de personnes ont accès à une médecine vitale contre le VIH en 2011, et le nombre de décès a baissé de 1,1 million entre 2000 et 2010 ;
- 2,1 milliards d’individus ont bénéficié d’un accès à l’eau courante depuis 1990 ;
- L’allègement de la dette et un meilleur environnement pour le commerce permettent de réduire l’écart entre les pays développés et en développement.

En écho à son plaidoyer de jeudi 19 septembre dernier, le message du Secrétaire général Ban Ki-Moon sera clair : il appellera les chefs d’États et de gouvernements, les organisations non gouvernementales, les dirigeants d’entreprises et les acteurs de la société civiles à redoubler d’efforts pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement avant 2015. C’est possible.

En témoignent les succès ci-dessus malgré un climat de crise économique, et une baisse des fonds publics d’aide au développement.

Il les engagera aussi à s’inscrire résolument dans le calendrier du nouveau programme “l’Après-2015”.

Cet événement revêt un double intérêt pour La Réunion.

Premièrement, pendant que la pauvreté diminuait dans le monde durant l’application du programme onusien, dans notre île, elle progressait. Le Conseil Général et l’INSEE ont rendu un rapport alarmant, témoignant d’une situation sociale “hors norme” :
- 343 000 Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté ;
- Parmi eux 60% des enfants en âge de scolarité vivent sous le seuil de pauvreté ;
- 240 000 personnes sont contraintes de recourir aux minima sociaux pour subvenir à leurs besoins vitaux ;
- Pôle emploi recense 165 000 Réunionnais demandeurs d’emplois ; Nous savons qu’ils sont beaucoup plus à être radiés ou ne plus compter sur les institutions ;
- 130 000 Réunionnais sont illettrés et sont en déficience de communication avec les autorités, fussent-elles caritatives ;
- 23 000 demandes de logements en souffrance contraignent 160 000 Réunionnais à vivre en condition de suroccupation de logements exiguës

Ne nous étendons pas sur le constat, le bilan dramatique des politiques successives commence, enfin, et, malheureusement tardivement, à faire consensus.

Deuxièmement, le Forum d’aujourd’hui et les travaux de l’Assemblée Générale du 24 et 25 septembre viennent signifier aux décideurs locaux un message limpide : la pauvreté n’est pas une fatalité. Agir pour vivre mieux, c’est possible. Eradiquer l’extrême pauvreté, c’est possible. Le faire avant 2015, c’est encore possible. C’est une question d’ambition et de méthode.

Or, nul ne peut se satisfaire de l’état sociale dramatique de La Réunion actuelle.

La pauvreté est anxiogène. Elle aussi source de désespoir.

La pauvreté est source d’anxiété. L’anxiété de ne pouvoir s’épanouir dans son ménage, de ne pouvoir assumer sa famille. L’anxiété, à la rentrée, de ne pouvoir acheter les effets scolaires des enfants. L’anxiété que notre enfant ne soit le seul qui soit pas en mesure de payer la coopérative scolaire. L’anxiété de ne pouvoir nourrir correctement nos enfants (exit les 5 fruits et légumes par jour et les goûters équilibrés). L’anxiété, à l’approche des fêtes et des commémorations religieuses, de ne pouvoir y participer dignement. L’anxiété de recevoir, chaque mois des factures et des impôts à honorer. L’anxiété de voir “débarquer” l’huissier, l’assistante sociale, les forces de l’ordre… L’anxiété du lendemain. L’anxiété du quotidien.

Cette anxiété engendre des maladies liés au stress : les maladies somatiques, les pathologies cardiaques et musculo-squelettiques, les syndromes métaboliques, ainsi que les troubles digestifs.
La pauvreté est aussi source de désespoir. Beaucoup des maux de notre société relève de cette absence de perspective positive pour la très grande majorité de nos semblables. Lorsque nous avons suivi une scolarité somme toute convenable ; lorsque nous avons respecté plus qu’honorablement les commandements moraux et religieux ; et que, malgré tout, la société ne nous offre comme unique perspective de vivre à son ban, nourris d’indignes minima sociaux ; alors il n’y a plus rien à attendre de quoi que ce soit.

Le risque devient alors grand que la conjonction de l’anxiété et du désespoir ouvre alors la porte à quelques permissivités : Le respect de la société, le respect d’autrui, voire le respect du sacré même disparaît. La violence, déjà sous-jacente à notre société post-esclavagiste qui n’a pas fait le deuil de son histoire, trouve là un terreau à son expression pernicieuse. La prostitution apparaît comme une solution acceptable d’activité rémunératrice. La xénophobie devient admise et fonde la pensée et l’action.

Et c’est ce vers quoi nous tendons aujourd’hui.

Pour sortir de cette spirale vicieuse, le décideur réunionnais doit donc adopter une ambition et une méthode.

L’ambition doit être sans équivoque et définitive : l’éradication de l’extrême pauvreté !

Les politiques menées jusqu’à présent avaient un double défaut, sur le plan de l’ambition. Elles étaient partielles : ambitionner de créer 5000 contrats d’avenir alors que 165000 personnes continuent de réclamer du travail et que 10000 élèves sortent du système scolaire chaque année, n’a aucune chance de résoudre quelque problème que ce soit ! Elles étaient partiales : attaquer la question de la pauvreté par leurs symptômes que sont l’emploi, le logement et le pouvoir d’achat, ne permet de résoudre la question de fond de la genèse et de la production de la pauvreté par notre société.

La méthode est évidente : le débat et le consensus !

Si, le 8 septembre 2000, 189 chefs d’État et de gouvernement ont pu se mettre d’accord sur 8 objectifs communs, nos 24 maires, 4 présidents intercommunaux, 2 présidents de Région et de Département, 10 parlementaires, et 3 présidents consulaires, ne pourraient-ils pas s’entendre sur 3 ou 4 objectifs essentiels communément partagés ?

Bien sûr que qu’ils ne seront pas d’accord sur toutes les idées de chacun. Mais diront-ils qu’ils ne peuvent s’accorder sur rien ?

Dans 2 jours, mercredi 25 septembre 2013, le Président de la 68e session de l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unis, Son Excellence John Ashe, d'Antigua et Barbuda, présidera un événement spécial pour fixer l’agenda du programme “L’Après-2015”.

La Réunion restera-t-elle exclue de la marche de l’histoire des Nations ?

Philippe Yee-Chong-Tchi-Kan


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